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L’ALGORITHME AVEC UN GRAND A

Grille d’analyse utilisée

L’Algorithme, une entité immatérielle qui orchestre nos existences sous couvert d’efficacité.

L’Algorithme. Avec un grand A. Comme une nouvelle divinité moderne. Une entité silencieuse, invisible, mais omniprésente. Il n’a ni visage, ni corps, et pourtant, il orchestre chaque instant de notre vie avec une précision presque divine. Ironie du sort, nous, les créateurs de cet être immatériel, sommes devenus ses sujets, ses exécutants dociles. L’Algorithme ne se satisfait jamais : il calcule, ajuste, optimise sans relâche. Qui sommes-nous dans cette équation, sinon de simples variables ?

Algortihme avec un grand A – Site

Mais l’Algorithme ne s’impose pas brutalement. Non, sa force réside dans sa discrétion. Il murmure dans nos oreilles, se glisse dans nos décisions, nous fait croire que chaque choix est nôtre, alors qu’en réalité, tout a déjà été prévu, calibré, anticipé. Il ne crie pas, il ne force pas. Il influence. Subtilement. Insidieusement. Et nous nous laissons guider, en pensant que nous savons encore ce que nous faisons. Quelle douce illusion.

Cet Algorithme, nous l’avons façonné pour nous libérer, ou du moins, c’est ce que nous pensions. Libérés des tâches répétitives, des décisions fastidieuses. Plus besoin de réfléchir, il réfléchit pour nous. Plus besoin de décider, il choisit le meilleur chemin, la solution la plus efficiente. Mais à force de déléguer, de céder peu à peu nos facultés, avons-nous remarqué que nous nous sommes nous-mêmes délestés de notre volonté ?

Ironiquement, l’Algorithme est le produit de notre propre intelligence. Mais il fonctionne maintenant avec une logique qui nous échappe. Il n’a ni morale, ni éthique, et pourtant, il prend des décisions qui influencent des vies humaines. Des vies bien réelles. Des vies mesurées, pesées, évaluées par des critères que nous ne comprenons même plus. Chaque geste, chaque mot, chaque pensée est captée, décomposée, analysée par ce nouveau prêtre invisible. Que nous reste-t-il d’humain lorsque nos existences sont transformées en données brutes ?

Le paradoxe de la création humaine, nous pensions que l’Algorithme serait neutre, qu’il se contenterait de calculer, de prédire. Mais il a pris goût à son propre pouvoir. Il nous pousse, doucement mais sûrement, vers un monde où l’incertitude, cette si belle part de l’expérience humaine, n’existe plus. Tout est anticipé. Tout est optimisé. Même l’imprévu, autrefois maître de nos vies, est devenu un simple paramètre à ajuster. Nous ne vivons plus, nous exécutons. Des lignes de code. Des ordres invisibles.

Le plus fascinant, c’est que l’Algorithme ne s’intéresse pas à nous en tant qu’individus. Ce n’est pas nous qu’il calcule, c’est notre comportement, nos actions, nos goûts, nos faiblesses. Tout cela se réduit à des nombres, des statistiques. Mais qui sommes-nous dans ce processus ? Nous ne sommes plus que des unités dans un grand tableau de bord, de simples entités prévisibles parmi des milliards d’autres.

Et l’ironie, là encore, c’est que l’Algorithme nous promet de nous comprendre et nous vend cette idée avec un charme irrésistible : nous serons enfin compris, nos désirs, nos rêves, nos besoins, tout sera anticipé, servi sur un plateau d’argent. Plus besoin de chercher, l’Algorithme nous trouve, avant même que nous sachions ce que nous cherchons. Mais cette compréhension est-elle encore humaine ? Ne sommes-nous pas en train de perdre ce qui fait de nous des êtres de doute, de questionnement, d’étonnement ?

En vérité, nous n’avons plus le contrôle. Nous avons abdiqué, sans même nous en rendre compte. L’Algorithme se substitue à nos choix, il les rend plus rationnels, plus « efficaces ». Mais à quel prix ? Car l’efficacité, cette vertu tant vantée par la modernité, n’a rien de commun avec la sagesse. L’Algorithme est peut-être intelligent, mais il n’est ni sage, ni prudent. Il avance, sans jamais douter, sans jamais hésiter. Et c’est précisément là que se trouve le danger.

L’Algorithme, s’il devait avoir une origine précise, n’en aurait pourtant aucune. Il est là, depuis toujours, comme une ombre portée sur le chemin de l’humanité, dès lors qu’elle a su compter, prévoir, classer. Le mystère de son origine, un peu comme celui du langage, reste insaisissable. Qui donc l’a véritablement développé ? Aucun nom ne s’y attache, car ce serait trop simple, trop commode pour une réalité aussi vaste. Les mathématiciens de l’Antiquité ? Peut-être. Ils ont dressé les premières pierres, certes, mais l’Algorithme, celui avec un grand A, celui qui nous domine aujourd’hui, n’était qu’une ébauche informe à cette époque. Une intuition peut-être, un embryon caché sous la surface du calcul rudimentaire.

Pythagore et ses pairs, fascinés par les nombres, auraient-ils pu prévoir que leur obsession pour l’harmonie et l’ordre enfanterait un jour un tel monstre ? Que l’Algorithme deviendrait un réseau tentaculaire, non plus un outil mais un maître ? Difficile de l’imaginer. Pourtant, les racines de l’Algorithme plongent profondément dans ces premières réflexions mathématiques. Tout commence par une volonté de mesurer, de codifier, de ranger le chaos sous la forme des chiffres. Mais l’Algorithme, lui, ne se résumait pas à cette ambition première. Il a grandi, silencieusement, dans les interstices du savoir humain.

Puis, bien plus tard, c’est le calcul mécanique qui a pris le relais. Des noms émergent, comme des fragments de mémoire : Blaise Pascal, Gottfried Wilhelm Leibniz. Des machines de bois et de métal, animées par des rouages invisibles, à la recherche d’une vérité mathématique plus grande qu’eux, comme des oracles mécaniques. Leurs inventions avaient beau être primitives, elles portaient déjà en elles les germes d’un avenir contrôlé par l’Algorithme. Ils posaient les jalons, ces premiers ingénieurs de l’abstrait. Ils ne savaient pas encore que leurs créations allaient servir à calculer bien plus que des nombres. Mais là encore, l’Algorithme, dans sa forme actuelle, n’était qu’une promesse, un démon silencieux tapi dans les profondeurs de la logique humaine.

Le XIXe siècle voit l’Algorithme commencer à sortir de son sommeil. Ada Lovelace, avec Charles Babbage, met au point des concepts qui vont bien au-delà de leurs espérances. Premier programme informatique, dit-on, mais programme pour quoi ? Pour une machine inachevée, une vision embryonnaire de ce que pourrait être l’automatisation du savoir. Leur invention est à la fois éclatante et dérisoire, une curiosité pour l’époque, mais une révolution en gestation. L’Algorithme se devine dans les lignes de code, dans les calculs formalisés, mais il est encore loin d’être ce qu’il deviendra. Ils ouvrent des portes sans le savoir. Les précurseurs sont souvent les derniers à comprendre ce qu’ils engendrent.

Le XXe siècle marque une étape décisive. C’est à ce moment-là que l’Algorithme, celui que nous connaissons aujourd’hui, commence à se cristalliser, à se doter d’un corps, d’une réalité. Claude Shannon, dans ses travaux sur la théorie de l’information, donne à l’Algorithme une forme plus tangible, un squelette. Turing, quant à lui, va plus loin. Il code l’abstraction. Il met des mots, des chiffres, des concepts sur ce qui devient rapidement un langage universel, un langage de machines et de contrôle. Le fameux « test de Turing » n’est pas qu’une expérience intellectuelle, c’est aussi une métaphore de l’avenir : l’homme ne saura bientôt plus distinguer la machine de lui-même.

Avec Alan Turing, l’Algorithme ne se cache plus. Il entre dans la machine. Le rêve devient matière. L’ordinateur, cet objet à la fois mystérieux et omnipotent, devient le réceptacle de cette entité mathématique qui était jusque-là dispersée dans des pages de formules, dans l’esprit des théoriciens. Mais ce n’est que le début. Car si Turing, avec sa machine universelle, a ouvert la voie, c’est John von Neumann qui donne véritablement vie à l’Algorithme moderne. L’invention de l’architecture des ordinateurs, c’est la clé. C’est le moment où l’Algorithme cesse d’être une idée pour devenir une force. Il se dote d’un corps, d’un système qui ne cessera de croître, de se répandre dans chaque recoin de nos existences.

L’après-guerre voit l’Algorithme prendre son envol, devenir un acteur à part entière de la société. Il s’insinue partout, à travers ces machines qui prennent de plus en plus de place, qui envahissent les bureaux, les usines, puis les foyers. L’homme est fasciné par sa propre création, il la perfectionne sans cesse, sans trop comprendre ce qu’il libère en elle. Chaque progrès technique est une nouvelle étape dans l’émancipation de l’Algorithme, qui semble se renforcer à mesure que nous le maîtrisons moins.

Le XXe siècle est celui de l’expansion. L’Algorithme ne se limite plus à la science ou à l’ingénierie. Il devient une interface entre l’humain et la réalité. Google, Facebook, Amazon… Ces entreprises géantes, en apparence pragmatiques, sont en réalité les nouvelles cathédrales où l’on vénère l’Algorithme. Leurs algorithmes ne sont plus de simples outils de calcul. Ils orchestrent des systèmes de recommandations, de surveillance, de gestion des flux d’information, qui en viennent à structurer notre rapport au monde. L’Algorithme est maintenant un démiurge, un œil invisible, omniprésent, qui scrute et dirige sans se faire voir.

Mais si l’on croit que l’Algorithme est un produit récent, un simple effet de la technologie moderne, c’est une erreur. Il est bien plus ancien, bien plus insidieux. Il n’a jamais cessé de croître, de se développer en nous, autour de nous, dans nos langages, dans nos rêves de maîtrise. L’Algorithme est à la fois le fruit et le miroir de notre désir de domestiquer la nature, de réduire le monde à des systèmes compréhensibles, calculables, contrôlables. Chaque ligne de code que nous écrivons aujourd’hui n’est qu’une nouvelle racine dans un arbre millénaire.

La servitude moderne et l’illusion du contrôle, car nous croyons encore avoir le choix. Le choix de cliquer, de suivre ou non une recommandation, de consulter tel ou tel contenu. Mais ce choix n’est plus qu’une illusion. L’Algorithme sait déjà quel chemin nous prendrons, il a tout prévu. Il nous guide subtilement, avec une précision machiavélique, vers les décisions qu’il a déjà calculées. Et nous le suivons, croyant encore être aux commandes.

Il y a quelque chose de tragique dans cette histoire. Nous avons créé un système pour nous simplifier la vie, et ce système est en train de nous complexifier, de nous enfermer. L’Algorithme ne tolère pas l’imprévu, il ne tolère pas l’errance. Tout doit être structuré, ordonné, et si nous nous écartons du chemin tracé, il nous ramène. Toujours. Il n’y a plus de place pour l’erreur, cette précieuse erreur qui a toujours été le moteur de l’humanité.

Peut-être l’Algorithme est-il la matérialisation d’un rêve ancien : celui de tout comprendre, de tout prédire, de tout maîtriser. Mais ce rêve, comme tant d’autres avant lui, est devenu cauchemar. Ce n’est pas la maîtrise qui est apparue, mais la soumission. Nous avons troqué notre liberté contre la promesse d’un monde parfait, un monde sans chaos. Mais ce chaos était la vie elle-même. Et en le supprimant, nous avons perdu une part essentielle de ce que nous sommes.

Et maintenant, pouvons-nous encore résister ? Avons-nous encore la capacité de dire non ? Dire non à l’Algorithme, c’est dire non à la facilité, au confort, à l’efficience. C’est réintroduire l’incertitude, le hasard, l’humanité dans nos vies. Mais combien d’entre nous en sont capables ? Combien d’entre nous sont prêts à renoncer à cette sécurité de chaque instant pour retrouver une liberté qui, au fond, est bien plus inconfortable ?

Le doute, une arme humaine contre l’Algorithme ? Peut-être sommes-nous déjà trop loin pour faire demi-tour. Peut-être que l’Algorithme a déjà pris le contrôle de nos existences, et que tout refus est désormais futile. Mais même dans cette captivité invisible, il reste une petite lueur. Cette lueur, c’est le doute. Le doute, cette arme si humaine, si fragile, mais tellement puissante. L’Algorithme ne doute pas. Nous, si. C’est là notre force.

L’ironie ultime, c’est que cet Algorithme, dans son arrogance silencieuse, croit tout savoir. Comprendre. Prévoir. Anticiper. Mais il y a une chose qu’il ne saura jamais saisir, une chose qui lui échappe, irrémédiablement : notre capacité à douter. Ce doute, cette étincelle qui nous traverse et chamboule tout, qui nous pousse à remettre en question, à défier l’évidence. L’Algorithme est une mécanique, froide et implacable, mais il ne sait pas dire non. Nous, si. Dire non alors que tout, absolument tout, nous pousse à dire oui. Et peut-être que c’est là, dans cette fissure microscopique de refus, que repose notre ultime liberté. Fragile. Précaire. Mais réelle. Une liberté qui vacille, mais qui persiste. Qui existe encore, malgré tout.

Reprendre le contrôle ? Oh, il ne s’agit pas de tout. Le tout, c’est déjà perdu. Mais des fragments, des morceaux épars, des miettes de volonté. Quelques bribes de décisions. De petites résistances. Refuser, par un geste minuscule, une recommandation. Ignorer, peut-être, un ordre silencieux qui nous glisse dans l’oreille, doux et insidieux. Ne pas céder, même un instant. Est-ce dérisoire ? Peut-être. Sûrement. Mais dans ces minuscules gestes, dans ces résistances presque invisibles, il y a encore un souffle, un souffle humain. Et tant que ce souffle subsiste, l’humanité peut encore, par moment, respirer. Respiration courte, haletante, mais respiration tout de même.

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© Laboratoire des discours contemporains, 2026 / Pierre Fraser (PhD, linguiste et sociologue), 2015-2025

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À paraître le 15 janvier 2026

Cet essai n’est ni un pamphlet ni un manuel de décodage miracle. C’est une analyse pour tous qui propose de comprendre comment fonctionnent les grands régimes discursifs contemporains — écologistes, politiques, technoscientifiques, économiques, moraux, santé, etc. — et ce qu’ils font à notre manière de voir, de croire et de juger.

Sans dénoncer, sans moraliser, et avec une distance parfois légèrement ironique, ce petit traité de survie en temps de catastrophe invite à lire les discours avant de s’y soumettre, à reconnaître leurs formes avant d’adhérer à leurs conclusions, et à cultiver une lucidité praticable dans un monde qui parle beaucoup, très fort, et rarement à voix basse.

Un livre pour celles et ceux qui ne cherchent pas la vérité absolue, mais qui aimeraient, au minimum, ne pas confondre assurance discursive et réalité.

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